Raphaël's Interview

   
 
 
Name:
Raphaël Dupouy
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Age:

46 ans

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Address:
Plage de Saint-Clair – 83980 Le Lavandou (South of France)
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Tel:
06 09 58 45 02
:
e-mail:
raphaeldupouy@wanadoo.fr

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SMC :  Quelle est votre formation ?
Après des études musicales et une scolarité moyenne, je suis entré à l’école des Beaux-Arts de Saint-Etienne en 1982 pour en sortir en 1988. C’est en son sein que j’ai découvert la photographie.

 SMC : Quel est votre projet photographique« du Moment »
Ce mois de janvier 2009 est entièrement consacré à un long séjour à Londres où je me lance tous les jours dans de longues pérégrinations urbaines à la recherche de tout ce qui peut m’interpeller. Ce travail – « London feeling » (à vérifier avec SMC) viendra compléter des séries précédentes sur d’autres villes européennes et américaines.

SMC :  Vous sentez-vous plutôt « photographe urbain», «  photographe des villes » ou tout simplement « photographe du voyage »
Un peu les trois. Mais plus que photographe DU voyage, je dirais photographe EN voyage. Le voyage en lui-même n’est pas le but. Il est prétexte à sortir au dehors, à ouvrir les yeux, à se confronter au monde en photographiant. Mais « l’aventure » peut aussi commencer en bas de chez soi dès lors que l’on marche dans une rue que l’on a pas l’habitude d’emprunter.

SMC :  La photographie vous a-t-elle enseigné des vertus.  Lesquelles ?
Comme pour de nombreuses pratiques artistiques, il faut apprendre à regarder. A observer. A analyser. Pour la photographie, il faut en plus savoir choisir très vite - presque instinctivement - ce que l’on va mettre dans ces quelques cm2 de pellicule ou de capteurs numériques au moment où l’on déclenche. Ce qui implique une mise à distance, un recul par rapport au réel. Mais le réel existe-t-il ?

SMC :  Des expos ? des livres ?
Plusieurs expositions en France et à l’étranger. Et plusieurs livres mêlant textes et photographies, soit composés seul, soit en collaboration avec des écrivains. Mon dernier ouvrage, « Blue sky café », est le journal d’un tour du monde que j’ai effectué il y a vingt ans.

SMC :  Au cours de votre carrière photographique êtes-vous passé par différents styles, différentes phases ?
Non, je ne crois pas. C’est plutôt une lente évolution avec des paliers plus ou moins importants. Des rencontres, des entretiens avec de grands photographes m’ont aussi amené à m’interroger différemment sur ma propre pratique.

SMC :  Quels seraient les changements que vous apporteriez à votre méthode de travail, si c’était possible ?
Travailler toujours davantage ! Consacrer le plus de temps possible à cette passion ! Et peut-être me mettre à la vidéo afin de faire entrer d’autres dimensions dans mon travail (le son, la musique, le temps, la narration, etc.)

LE MATERIEL

SMC : Quel sorte d’équipement avez-vous ?
Je travaille essentiellement avec deux boîtiers de reportage 24X36 (un Nikon FM2 pour le noir et blanc, un Nikon D200 numérique pour la couleur) et utilise surtout des objectifs standards (entre 28 mm et 85 mm), exceptionnellement des moyens formats ou des téléobjectifs.

SMC :  Noir et blanc ? couleur ?  Lequel préférez-vous ?
Je me munis le plus souvent de mes deux boîtiers pour m’adapter aux circonstances, à la lumière, aux sujets… et puis aussi à mes envies qui peuvent varier. Dans mes expositions, je mélange parfois le noir et blanc et la couleur.

SMC :  Préférez-vous les dangereux close-ups, ou bien les objectifs longs ?
C’est le regard et la pensée de l’auteur qui doivent faire la photographie, pas le matériel.

SMC :  Tirez-vous vos photographies ?
Je l’ai fait pendant longtemps, mais aujourd’hui je n’ai plus le temps et j’ai trouvé un tireur à Paris qui le fait beaucoup mieux, et surtout plus rapidement, que moi.

SMC :  Utilisez-vous un appareil numérique ?, oui ou non, pourquoi ?
Oui, comme tous les puristes, j’ai mis un peu de temps à me décider. Puis j’ai franchi le pas ; d’abord pour des raisons professionnelles (c’est tellement pratique de pouvoir s’assurer tout de suite que l’on a l’image dont on a besoin pour un client, et que l’on peut envoyer dans la minute qui suit par internet à l’autre bout du monde !), puis pour mon travail personnel. D’ailleurs, lorsque je suis arrivé à Londres, bien que muni de mes deux boîtiers, je n’ai fait  que du noir et blanc les premiers jours, puis l’envie d’enregistrer en couleur ma perception de cette ville est venue, pour ne pratiquement plus me quitter.

VOS PHOTOS

SMC :  Quels ont été vos premiers pas en matière de photographie ?
Il me semble me souvenir que mes premières photos ont été prises dans les lieux chers de mon enfance. Je cherchais à retrouver – et à enregistrer – les éléments (graphisme, matière, lumière, sujet, etc) qui autrefois me provoquaient de l’émotion.

SMC :  Quelle est votre image préférée, pouvez-vous nous raconter la petite anecdote qui va avec ?
Vous ne me croirez pas ou me penserez démagogue, mais c’est une image en noir et blanc de Londres prise lors d’un premier séjour en 1986 ! J’ai choisi cette photo pour faire la couverture de mon premier livre « Déambulation » auto-édité en 1988. On y voit un vieux bus londonien filant dans la nuit sous la pluie. J’étais à bord d’une voiture et l’eau sur la vitre a diffusé la lumière. Malgré cet effet, on aperçoit les silhouettes des voyageurs dans le bus ainsi que l’enseigne d’un restaurant asiatique, avec l’idéogramme de l’homme qui marche. Ca ne s’invente pas. C’est cette image qui m’a décidé à devenir photographe. Elle me ressemblait. J’y suis d’autant plus attaché que le négatif m’a été volé et qu’il ne me reste que deux ou trois petits tirages de cette photo.

SMC :  Quelle est la chose la plus étrange que vous ayez eue à photographier ?
Il y a quelques années, le photojournalisme m’a amené parfois à photographier de bien étranges sujets, comme le visage d’un mort dont on voulait retrouver l’identité !

SMC :  Aimez-vous montrer vos photos ?
Ce serait mentir que d’affirmer le contraire. Mais il ne s’agit pas de montrer pour montrer. Il faut que ce soit des repères dans son propre travail et une façon de le confronter régulièrement aux regards des autres, soit sous forme de livres, de tirages accrochés au mur ou de projections ; chacun de ces moyens proposant une lecture différente des images.      

SMC :  Pensez-vous avoir une opinion juste et objective concernant le travail d’autres photographes ?
Je l’espère ! C’est d’ailleurs beaucoup plus difficile d’avoir une opinion juste et objective concernant son propre travail !

SMC :  Gardez-vous toutes vos photos, même les ratées ?
 En 24X36 traditionnel, oui forcément. C’est la logique de la planche-contact sur laquelle on découvre parfois, bien longtemps après, des photos à côté desquelles on était passé. En numérique, la possibilité de supprimer tout de suite une photo que l’on pense ratée évite cela. Est-ce bien, est-ce mal ? De toutes façons, on a tendance à trop déclencher en numérique et face à l’inflation d’images il faut bien trancher. Au risque de faire disparaître des pans entiers d’histoire(s)…

SMC : Quel est votre ingrédient favori pour une bonne photo ?
Il y en a bien évidemment plusieurs. L’idéal pour moi c’est d’arriver à faire une image qui soit belle dans la forme (bien cadrée, bien composée, belle lumière, etc), et intelligente dans ce qu’elle raconte ou montre de son monde, de son rapport à l’histoire de la photo et, enfin, de ce qu’elle révèle de la sensibilité de son auteur. Car si, en plus d’avoir du sens, elle provoque une ou des émotions…

VOTRE INSPIRATION

SMC :  Etes-vous soudain inspiré, ou bien planifiez-vous les prises ?
Pour moi, il n’y a pas de règle. Il m’est arrivé de faire de bonnes photos (enfin des photos qui me plaisent) en me forçant à finir une pellicule pour pouvoir la développer ! Quelquefois, je pars marcher dans des villes pendant des heures… sans rien voir. Je rentre, et là, sur la table, mon carnet ouvert dans la lumière ressemble au vol d’un oiseau... La seule règle, évidente, c’est de rester l’œil aux aguets et de sortir confronter son regard au monde. Et d’avoir toujours envie de raconter ce que l’on en voit. Et comprend.

SMC :  Quels sont :

- Vos photographes préférés ?
La photographie américaine (Frank, Friedlander, Winogrand, etc) et Brassaï (le prince des villes la nuit et des graffitis)

- Votre sujet préféré ?
Ils sont nombreux : les lieux abandonnés ou en reconstruction, les façades de boutiques désaffectées, les anciennes rues commerçantes délaissées, les affiches lacérées, les mots dans les villes (tags, graffitis, publicités et enseignes en tous genres), les trains, les avions, etc. Toutes les villes du monde !

- Vos endroits préférés ?
Les périphéries des villes, les bouts du monde, les lieux comme hors du temps.

- Votre humeur préférée ?
Un enthousiasme sceptique ou un scepticisme enthousiaste ! Une lucide sensation d’existence.

SMC :  Etes-vous perpétuellement ici et là, dehors, à prendre des photos ?
J’essaie. Malgré mes multiples activités, j’essaie de prendre régulièrement le temps d’être disponible pour la photographie. Alors, il est vrai que le plus simple pour moi c’est de sauter dans un train ou un avion.

VOTRE  OPINION

SMC :  Que connaissez-vous de la photographie anglaise ?  Un photographe en particulier ?
J’ai une grande admiration pour l’œuvre de Martin Parr, pour moi l’un des plus grands photographes contemporains. C’est à la fois fort et beau dans la forme, mais également intelligent, cynique sur son époque et la société de consommation, se moquant de lui-même, interrogeant au passage l’histoire de la photographie. Et en plus c’est souvent très drôle. Un vrai Anglais ! So British !

SMC :  Que pensez-vous de la photographie contemporaine ? Artistique, j’entends.
Poussés à la fois par la facilité d’utilisation des appareils numériques et par l’intérêt des collectionneurs d’art pour ce médium, de nombreux plasticiens se sont mis à la photographie, bousculant tous les codes alors en usage. Dans un sens c’est bien. Ils ont apporté un côté expérimental que n’osaient les photographes classiques. En revanche, c’est la porte ouverte à toutes les dérives conceptuelles.

SMC :  Qu’est-ce que cela vous fait d’être reconnu pour votre travail ?
C’est évidemment plaisant, mais ce n’est pas une fin en soi. Ce qui est important c’est que cela conforte dans sa démarche et, surtout, cela aide (ou devrait aider) matériellement à continuer à œuvrer.

SMC :  Quel conseil donneriez-vous à un jeune photographe débutant ?
C’est d’y croire toujours. Malgré tout. De rester passionné. De ne jamais arrêter de réfléchir à son medium et de faire des images. C’est en s’inscrivant dans le temps que l’on a quelques chances de laisser une œuvre. Si, bien sûr, celle-ci est reconnue avant que l’on ne disparaisse, c’est mieux !

ESPACE LIBRE

SMC : Ceci n’est pas une question c’est un « espace libre » allez y, en quelques mots,  vous pouvez dire ce qui vous chante :

Nos enfants fouilleront-ils un jour dans nos disquettes ou nos archives numériques comme nous fouillions naguère dans les tiroirs secrets de nos parents ?

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Books by Raphaël Dupouy

André Gide au Lavandou : Encre et Sable par Vincent Vivès et Raphaël Dupouy.
ISBN-13: 978-2849950401

Aubagne : Points de vue par Yves Gerbal, Christian Ramade, Raphaël Dupouy, et Patrick Massaïa
ISBN-13: 978-2911375101

Praha par Michel Flayeux et Raphaël Dupouy
ISBN-13: 978-2905023384

Alfred Courmes en son pays par Raphaël Dupouy et Michel Guillemain
ISBN-10: 2951893922

E.C. Bénézit : Citoyen des terres heureuses, Bormes 1915-1930 (Le regard de la mémoire) par Jean Montpellier, Michel Guillemain, Raphaël Dupouy, et Musée Arts et histoire
ASIN : B000WIPKH8

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May 2012
Jim Hellier

 

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